Une nouvelle aire protégée au nord de l'Abitibi


Publié le 4 mars 2017

Le territoire de la Forêt refuge de la Rivière-Laflamme abrite des flarks. Il s’agit de mares allongées entrecoupées de masses de sphaigne qui ont basculé sous l’effet de leur propre poids.

©Photo gracieuseté – Louise Villeneuve et Pierre Martineau

Après plus de 10 ans d’efforts, le petit groupe de passionnés de la nature qui tentait de faire reconnaître comme territoire protégé une minuscule tourbière d’une extrême richesse à l’ouest de Lebel-sur-Quévillon a finalement atteint son objectif.

Il y a quelques jours, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs a inscrit une partie de la tourbière Cikwanikaci («divisée en réseau par le vent», en langue algonquine) dans le répertoire des écosystèmes forestiers exceptionnels.

«C’est une excellente nouvelle, a commenté le botaniste Pierre Martineau, un de ceux qui pilotaient ce dossier à bout de bras depuis 2005. La zone qui a été retirée de toute forme d’exploitation industrielle couvre 3 des 5,2 km2 que comprend la tourbière. Ce n’est pas la totalité, mais ce qui est protégé, c’est vraiment le cœur.»

Plusieurs plantes carnivores

Désignée sous le nom officiel de Forêt refuge de la Rivière-Laflamme, cette nouvelle aire protégée abrite une concentration de trois végétaux qui figurent sur la liste des plantes menacées ou vulnérables au Québec. C’est aussi la seule forêt refuge de l’ensemble des territoires combinés de l’Abitibi-Témiscamingue et du Nord-du-Québec.

Parmi ces trois espèces sensibles figure l’utriculaire à scapes géminés, une plante carnivore flottante et filamenteuse aux fleurs jaunes. On en retrouve un millier d’individus, ce qui en fait l’une des cinq plus importantes populations au Québec et la plus nordique. Ce peuplement marque aussi la limite nord-ouest de cette espèce.

Une vingtaine d’éléocharides de Robbins ont aussi été repérées sur ce territoire. Située à plus de 300 km au nord de son aire de distribution traditionnelle, il s’agit, là aussi, de la plus nordique des populations connues au Québec de cette plante discrète qui se résume à une tige triangulaire de 50 cm de hauteur, quelques feuilles étroites et un petit épi vert. Non seulement cette plante est très rare dans tout le Québec, mais c’est aussi le seul peuplement répertorié à pousser dans une tourbière sur sphaigne.

Enfin, on peut observer deux colonies de droseras à feuilles linéaires d’une cinquantaine d’individus chacune. Il s’agit d’une plante carnivore dotée de minuscules feuilles semblables à des tentacules qui se referment sur les insectes comme une trappe collante.

Coup de pouce du journal

Dans une entrevue accordée en janvier 2016, M. Martineau n’avait d’ailleurs pas hésité à qualifier la tourbière Cikwanikaci de hot spot botanique de l’Abitibi, avec une densité d’espèces végétales 40 fois plus élevée que le Parc national d’Aiguebelle.

«L’article publié dans La Frontière a d’ailleurs beaucoup boosté notre dossier auprès des autorités ministérielles et nous tenons à le souligner. C’était une présentation objective de faits, sans attaque politique ou idéologique. C’était donc un argument impossible à attaquer en retour», a mentionné le botaniste.