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L’Abitibi-Témiscamingue, capitale du leurre d’enfants


Publié le 26 avril 2017

Plus d’une quinzaine d’articles du Code criminel sont rattachés à l’infraction de leurre d’enfants ou d’adolescents. Depuis 2012, des peines minimales obligatoires sont assorties à ces accusations.

©Depositphotos.com/Gemenacom

L’Abitibi-Témiscamingue remporte le titre de région où le corps policier a repéré la plus forte proportion de leurres d’enfants par rapport à la population. Si cela peut paraître choquant au premier coup d’œil, ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle.

Selon des données du ministère de la Sécurité publique rapportées par La Presse, les corps policiers du Québec ont rapporté 1312 cas de leurres d’enfants au cours de la période 2011-2015. Il s’agit d’une hausse de 353 % par rapport aux 372 cas répertoriés de 2006 à 2010.

Dès qu’il y a détection, ça va vite en maudit. Ça commence à marquer des points

Me Marc Lemay

Le Ministère rapporte également que le corps policier de l’Abitibi-Témiscamingue est celui où, par rapport à la population, la plus grande proportion de cas a été rapportée en 2015, année la plus récente où les données sont disponibles.

Ainsi, 23 cas ont été répertoriés dans la région par les policiers, pour une population de 145 061 individus. Cela équivaut à une proportion de 1,6 cas par tranche de 10 000 personnes. La ville de Sherbrooke, qui compte 166 633 citoyens, la suit de très près, avec 1,1 cas pour 10 000 personnes. Quant à Montréal, qui se hisse en tête pour le nombre de cas recensés, soit 52 au sein de ses 1 765 616 habitants, elle n’arrive qu’au cinquième rang en termes de proportion, soit 0,3 cas pour 10 000 personnes.

Un grain de sel

Pour Me Marc Lemay, avocat en droit criminel et bâtonnier de l’Abitibi-Témiscamingue, les données publiées par La Presse doivent être analysées avec un grain de sel.

«L’article fait mention du corps policier de Rouyn-Noranda, mais il faut comprendre que c’est dans cette ville qu’est basée l’escouade de cybersurveillance chargée de toute la région; c’est aussi le cas pour le corps policier de Saguenay, a-t-il fait observer. En 2015, nous n’avons pas eu 23 cas uniquement à Rouyn-Noranda. Par contre, c’est très plausible si l’on tient compte de tous les palais de justice de la région.

Hausse des dénonciations

Ce dernier observe d’ailleurs pour l’Abitibi-Témiscamingue une hausse des dénonciations pour leurres d’enfants depuis les dernières années. Une situation qu’il impute en grande partie à la mise en place de structures efficaces pour les détecter et les rapporter.

«Comme la cybercriminalité se développe de plus en plus, les corps policiers ont développé des outils pour y faire face. Leur implantation a cependant demandé du temps. Mais depuis les cinq dernières années, on le voit avec l’explosion des cas, la surveillance est beaucoup plus efficace. Les escouades spécialisées jouent vraiment un rôle majeur. Dès qu’il y a détection, ça va vite en maudit. Ça commence à marquer des points», a fait valoir Me Lemay.

Une quinzaine d’articles du Code criminel

L’infraction de leurre a été incluse dans le Code criminel en 2002. En 2012, elle a été assortie de peines minimales obligatoires allant de six mois à un an selon la nature des accusations.

«L’infraction couvre en effet un éventail assez large de gestes, a indiqué Me Marc Lemay. Ceux-ci vont de la sollicitation par des médias sociaux comme Facebook de personnes mineures pour avoir des contacts sexuels à des gestes pour amener des enfants et des adolescents à se dénuder ou à avoir des relations sexuelles devant une webcam, avec ou sans menaces d’extorsion par la suite. En tout, plus d’une quinzaine d’articles du Code criminel sont liés au leurre.»

Le site internet du ministère de la Sécurité publique offre plusieurs conseils et ressources pour se prémunir contre les prédateurs sexuels en ligne.