Sections

Kim Thúy en dix questions


Publié le 1 juin 2018

Kim Thúy était présente au Salon du livre de La Sarre où elle agissait à titre de présidente d’honneur.

©Photo La Frontière/Le Citoyen - Marc-André Gemme

Sa venue en Abitibi-Ouest n’est pas passée inaperçue. L’auteur Kim Thúy était de passage pour le Salon du livre en Abitibi-Témiscamingue, en tant que présidente d'honneur. La voici en dix questions.

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir auteure?

«Ç’a été par accident, a lancé Kim Thúy sans hésitations. Je faisais des accidents aux feux rouges parce que je m’endormais au volant et une façon que j’ai trouvé de rester éveillée, c’était de prendre des notes.»

Elle raconte avoir somnolé quelques fois au volant et avoir causé quelques accidents. «Quand on s’endort, le pied se lève du frein et la voiture avance toute seule, alors c’est comme ça que j’ai commencé à écrire», a-t-elle indiqué.

Est-ce qu’il y a une personne qui a été déterminante dans votre cheminement?

«Toutes les personnes qui sont entrées dans ma vie ont eu une influence sur mon écriture», a affirmé l’auteure. Mais elle souligne plus particulièrement l’influence que son fils autiste a eue sur elle. «Je suis du type rapide, je vois ce qui est devant moi. Mais mon fils lui voit tout son environnement et il m’a forcé à voir les choses que je ne voyais pas, a-t-elle indiqué. C’est donc grâce à lui que j’ai adopté un style d’écriture plus sensoriel.»

Elle souligne également l’influence de sa carrière d’avocate. «La langue, la précision et la concision viennent de mon métier d’avocat», a affirmé Mme Thúy.

La passion de la littérature de ses parents a également été une influence dans sa carrière d’auteure.

Qu’est-ce qui nourrit votre créativité?

«Tout», a-t-elle répondu sans hésitations. Elle affirme que tous les aspects de sa vie lui inspirent des sujets d’écriture. «Je pense que je vois la vie en HD ou en 4k parce que je vois beaucoup trop de détails et chaque détail comporte une histoire», a affirmé Kim Thúy.

Le jour même de l’entrevue, un lecteur est venu discuter avec elle. «Il m’a raconté qu’il venait de vivre une rupture après dix ans de vie commune et de fil en aiguille une autre dame est venue avec son groupe de filles et l’une d’entre elles était célibataire alors je les ai présentés et ils se sont échangé leurs numéros de téléphone, a-t-elle raconté. Alors qui sait, on va peut-être avoir un mariage au prochain Salon du livre. Donc vous voyez, j’aurais déjà un sujet pour un autre livre!»

Quelle est l’œuvre ou l’artiste que vous admirez le plus?

«C’est difficile d’en choisir un seul, mais Marguerite Duras avec son roman L’Amant a été la première à m’exposer à la littérature française et qui m’a donné l’amour des mots», a expliqué Kim Thúy.

Une autre influence a été le roman The Things They Carried de l’auteur américain Tim O’Brien.

Mais c’est le cinéma en général qui semble avoir eu le plus d’influence sur elle. «Je suis une vraie cinéphile. Si je n’ai rien à faire dans ma journée, je peux facilement écouter six films en ligne», a-t-elle lancé.

Parlez-nous de votre méthode ou démarche de création.

«J’écris quand je peux, a lancé Kim Thúy. Puisque je cours partout, que ce soit par mon rôle de mère ou par mon travail. Donc j’écris quand je peux.»

Elle donne par exemple le Salon du livre de La Sarre. «Ce matin, j’avais une heure de libre donc je me suis assise à un coin de table et j’ai écrit», a-t-elle affirmé.

Si vous n’aviez pas été artiste, qu’auriez-vous fait?

«Je ne sais pas ce que la vie me réserve, mais j’espère que ce ne sera pas mon dernier métier, a lancé Kim Thúy. Je n’avais rêvé devenir traductrice, ni interprète ni auteure, donc est-ce que c’est la dernière de mes carrières? Je ne sais pas, mais je sais que tout ce que la vie m’a apporté, je l’ai aimé.»

Quel est le moment le plus marquant de votre carrière?

«Ils sont tous marquants, a souligné l’auteure. Je prends beaucoup de plaisir dans l’écriture, surtout quand je trouve le bon mot.»

Elle explique que certains mots sont très difficiles à traduire entre diverses langues. «Pendant deux ans, j’ai cherché à trouver la traduction du mot jouissance en anglais, mais ça n’existe pas», a-t-elle affirmé. La même chose s’observe de l’anglais au français, les expressions French Kiss et Home Sweet Home par exemple ne se traduisent pas en français.

Que représente l'Abitibi pour vous?

«Pour moi, l’Abitibi est ce qui représente le mieux le Canada, a indiqué Kim Thúy. C’est la meilleure représentation du paysage nordique canadien. En plus, c’est une région francophone ce qui donne une dimension encore plus grandiose.»

Pour elle, même le mot Abitibi rappelle l’histoire du pays. «Quand on dit Abitibi-Témiscamingue, on ne peut pas être plus au Québec que ça. J’aime dire ce nom-là, surtout qu’à l’étranger, ils n’ont aucune idée de ce dont je parle», a-t-elle lancé.

Si vous étiez premier ministre, quelle serait votre première action?

«C’est très facile, j’investirais dans l’éducation, a répondu Kim Thúy. Je dégagerais le plus d’argent possible pour augmenter les salaires de tous les profs pour que les profs de la garderie soient payés autant qu’un professeur universitaire parce que c’est là où on commence l’éducation des enfants et c’est une période tellement importante dans le développement de nos jeunes.»

Quelle est votre saison préférée?

«Je suis mitigée entre l’automne et le printemps, a répondu l’auteure. J’aime le printemps parce qu’on voit la vie renaître et l’automne parce qu’elle a une beauté mélancolique.»

Mais le choix est difficile d’une saison préférée. «J’adore également l’été et l’hiver, a-t-elle ajouté. L’été parce qu’on peut sortir en sandales et s’habiller légèrement et l’hiver parce qu’on a l’impression d’être sous une couverture. L’hiver forme un genre de cocon qui nous entoure, c’est une saison parfaite pour écouter des films.»

Elle souligne d’ailleurs que le Canada est probablement le pays ou les saisons sont le mieux représentées. «Nulle part ailleurs ne peut-on expérimenter des changements aussi distincts entre chaque saison», a-t-elle affirmé.

Quel est votre mets préféré?

Bien qu’elle admet tout aimer, hormis les œufs de fourmis, elle spécifie qu’un rouleau de printemps vietnamien serait probablement son favori. «Quand vous mangez un rouleau printanier fait à la vietnamienne, fait avec six herbes, vous avez des premières saveurs au niveau des lèvres, en mâchant vous trouvez un nouveau cocktail de saveurs et une fois avalé, c’est un nouveau bouquet qui s’ouvre et qui reste en bouche, a expliqué Kim Thúy. D’une bouchée à l’autre, on découvre un nouveau parfum parce que les feuilles vont avoir différentes intensités et leur répartition dans le rouleau est inégale. On ne sait jamais d’avance le goût qu’on aura en bouche.»

Quelle est votre chanson préférée?

«Je ne suis pas très musicale donc je n’en ai pas, a relaté l’auteure. J’aime beaucoup la musique, mais je ne comprends rien alors je fais juste apprécier ce qui est là.»

Quel est votre film préféré?

Sa liste de films préférés est longue, mais quelques-uns se démarquent du lot. The Age of Innocence avec Michelle Pfeiffer et Daniel Day-Lewis est l’un d’entre eux. «Il y a un moment dans le film ou l’acteur principal observe la peau qui paraît sous le gant de Michelle Pfeiffer, a relaté Kim Thúy. Ce n’est rien quand on y pense, mais pour qu’un cinéaste puisse révéler autant de sensualité et de désir dans une image aussi simple et banale, il faut beaucoup de talent.»

Elle a également adoré le film Bridges of Madison County ainsi que la trilogie de la vengeance du réalisateur coréen Park Chan-Wook.