Sections

L'art pour guérir les blessures liées au colonialisme


Publié le 10 mai 2017

De gauche à droite: Julie Laperle, directrice du développement communautaire au Centre d'amitié autochtone, Carmelle Adam, directrice du Centre d'exposition de Val-d'Or, Sonia Robertson, commissaire du projet, et Véronique Doucet, artiste multidisciplinaire.

©Photo TC Média – Thomas Deshaies

Le Centre d'amitié autochtone et le Centre d'exposition de Val-d'Or s'unissent pour créer un projet artistique de type Land Art qui se concrétisera durant la période estivale.

Sous la direction de l'artiste Sonia Robertson, cinq artistes allochtones et autochtones produiront des œuvres d'art éphémères sur les territoires des municipalités de Gallichan, Duhamel-Ouest et de Val-d'Or. Le projet intitulé Aki odehi (des lieux de cœur)/cicatrices s'inscrit dans la foulée des actions découlant de la Commission de vérité et réconciliation du Canada.

On veut créer un espace de réconciliation à partir du territoire

Julie Laperle

Les membres des communautés autochtones pourront ainsi  s'approprier le processus artistique afin de poursuivre la guérison des plaies laissées par l'État colonial canadien et ses politiques ayant mené à un génocide culturel.

Le projet permettra aussi aux non autochtones d'échanger sur ce lourd passé. «L'art est pour moi un moyen facile de se rencontrer, a souligné Mme Robertson lors du lancement du projet, mercredi matin à Val-d'Or. Les projets artistiques que j'ai faits ont permis de se connaître mieux puis de contrer le racisme et d'amener à la réconciliation. C'est un moyen efficace.»

Consulter les aînés

Le lien avec le territoire est une caractéristique fondamentale de la démarche. «On souhaite prendre le temps de rencontrer les lieux, de rencontrer les gens qui habitent les lieux, puis fabriquer autour de cela des œuvres, a expliqué Mme Robertson. On souhaite qu'il y ait des échanges, de la médiation culturelle, de la réconciliation et des rencontres.»

En respect avec certaines traditions autochtones, les artistes ont été amenés à rencontrer les aînés et à échanger avec eux en vue de leur processus de création. «L'idée de base, c'est de partir des lieux du territoire, des lieux touchants et de connaître ce que les aînés en disent, comment les aînés les perçoivent. C'était vraiment le fondement du projet», a mentionné Sonia Robertson.

Trois jours et trois nuits dans un arbre!

«Ce sera un espace de rencontres et de réconciliation à travers des processus de création artistique qui impliquent,  à divers niveaux, la participation du public», a signalé Julie Laperle, directrice du développement communautaire au Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or.

La participation des citoyens de la région se matérialisera de différentes façons. L'artiste multidisciplinaire Véronique Doucet, qui  s'inscrit dans une démarche éco féministe, invite la population à lui donner des «bas sans amis». Ces bas oubliés et dépareillés qui traînent au fond des tiroirs auront une nouvelle vie et serviront à constituer un tipi.

La population sera d'ailleurs invitée à œuvrer avec Mme Doucet à coudre les bas au Centre d'exposition de Val-d'Or, du 11 au 16 juin. «Ce sera aussi un lieu de rencontre, a-t-elle précisé. J'aimerais rencontrer tous ceux qui veulent se joindre à nous pour parler, discuter et échanger.»

L'artiste se livrera finalement à une performance-action en se nichant à un arbre durant trois jours et trois nuits, tout en portant le tipi-jupe confectionné, «afin de transmuter poétiquement la souffrance des femmes dépourvues et abusées.»

Foisonnement artistique

Quatre autres artistes participeront à l'aventure, dont le sculpteur Karl Chevrier, qui proposera un parcours de guérison lié aux écoles résidentielles.

Le cinéaste Kevin Papatie abordera le thème du déracinement et le sculpteur Jacques Baril interpellera quant à lui la population pour investir des toiles qui seront ensuite enflammées sur le lac Abitibi. Finalement, l'écrivaine et  peintre Virginia Pésémapéo Bordeleau utilisera des végétaux pour écrire le nom de Sindy Ruperthouse, toujours portée disparue, afin d'évoquer son esprit.

Ce projet artistique se réalisera sur toute la période estivale, mais une concentration des activités aura lieu du 11 au 16 juin, ainsi que du 14 au 23 juillet. Puisqu'il s'agit d'œuvres éphémères, ce ne sont que des traces de ces œuvres qui seront préservées et exposées au Centre d'exposition de Val-d'Or en 2018.