Inacceptable!

Publié le 19 février 2017

L'usine d'embouteillage de l'eau Eska d'Eaux Vives Water, à Saint-Mathieu-d'Harricana.

©TC MEDIA - Martin Guindon

Laissez-moi débuter en vous racontant l’histoire de la famille Périgny. Il y a de cela plus de 30 ans, cette famille d’entrepreneurs avait commencé à exploiter l’eau de St-Mathieu-d’Harricana sous le nom Eau de source Périgny.

Par Marc Lemay

Les Périgny ont même eu à un certain moment, une pisciculture où ils élevaient des truites vendues à travers le Canada. Mais, les affaires étant ce qu’elles sont, la famille Périgny a dû céder ses parts dans l’entreprise. Aujourd’hui, l’eau de St-Mathieu est embouteillée par l’entreprise Eska.

St-Mathieu-d’Harricana et toute la région d’Amos sont bâtis sur un esker qui a plus de 60 kilomètres de circonférence, donc sur une véritable nappe d’eau souterraine d’une qualité et d’une pureté inégalée. Eska, dont les propriétaires, Eaux vives Water, ne sont pas Abitibiens, exploite, embouteille et distribue cette eau pure de chez nous à travers le Québec et le Canada. Des millions de petites bouteilles prennent ainsi la route de tous les coins du pays pour être vendues dans les supermarchés.

Or, il y a quelques semaines, nous avions appris qu’il y avait des projets de développement très importants à l’usine de St-Mathieu. Les ministres étaient présents pour annoncer en grande pompe l’installation d’une nouvelle chaîne d’opérations.

Quelle ne fut pas notre surprise d’apprendre qu’Eska avait en réalité l’intention d’embouteiller encore plus d’eau… Mais qu’elle allait transporter une partie de cette eau à Montréal afin d’être gazéifiée, embouteillée dans des contenants en verre pour ensuite être distribuée dans le pays.

L’entreprise fait valoir que cela devient un peu, beaucoup compliqué d’embouteiller de l’eau gazeuse directement à St-Mathieu, car il faut prendre les bouteilles de verres, les emmener à St-Mathieu, les remplir, puis les retourner sur le marché. Et le marché, il est bien plus dans le sud de la province. En suivant leur raisonnement, il est bien plus simple de prendre notre eau, de la transporter par camion-citerne à Montréal, et de la transformer là-bas.

Je répète. L’une de nos ressources naturelles qui fait la richesse de notre région sera envoyée à Montréal pour être commercialisée.

Cela est inacceptable. Inacceptable.

Nous ne devons pas permettre, pour quelque raison que ce soit, que notre eau soit transformée ailleurs que chez nous. Ce serait mettre le pied dans l’étrier de l’exportation de nos matières premières sans transformation.

D’ailleurs, comment se fait-il que Belgh Brasse, qui s’alimente aussi avec notre eau la plus pure, réussisse à embouteiller sa bière dans des bouteilles de verre? Qu’elle soit ensuite distribuée ailleurs au Québec et cela sans problème?

Nous nous rendons compte ici que l’entreprise Eaux vives Water n’appartient pas aux Abitibiens. Elle risque de faire ce qu’elle veut avec l’une de nos ressources naturelles les plus importantes, ressource qui pourrait assurer l’avenir de notre région et qui pourrait nous permettre de développer d’autres industries ou d’autres débouchés, tels les produits pharmaceutiques ou les cosmétiques.

Je soutiens ceux et celles qui se lèvent pour dire non à ceux qui veulent, au détriment du développement de notre région, s’approprier nos ressources.

Pourquoi pas un pipeline avec ça?