Le corps sous toutes ses coutures décousues à L’Écart


Publié le 8 mars 2017

Adepte de la danse, Zoé Julien-Tessier est très influencée par cette discipline, dont les gestes nimbent sa démarche visuelle.

©Gracieuseté - Zoé Julien-Tessier

Le corps sous toutes ses coutures, même si celles-ci peuvent souvent être décousues ou même recomposées de manière tout à fait improbable, voilà le travail de chirurgien auquel se consacre l’artiste rouynorandienne Zoé Julien-Tessier.

Sous le thème Rugir: pousser des cris de bête sauvage, L’Écart présentera jusqu’au 9 avril plusieurs œuvres de cette artiste de la relève pour qui il s’agit d’une toute première présence dans un centre d’artistes.

Sur un des murs trône une série de cônes de papier maquillés de noir qui évoquent une multitude de seins dressés de manière presque agressive. Au sol, des pots renversés reprennent le thème, mais sur un ton plus fantaisiste, nuancé de tons pastel. Entre les deux, une vulve bariolée de couleurs vives se détache du mur.

À l’opposé, sur une bâche de plastique, un duo improbable d’êtres hermaphrodites aux membres désarticulés semble plongé dans un tango démentiel, sous le regard multiple d’un masque à quatre yeux collé sur le plancher. Et au centre du portrait, une panthère multicolore arborant une corne démesurée sur le front interpelle le public.

Joëlle Couturier et Jean-François Leboeuf proposent une série de sculptures et de dessins qui rendent hommage à un Québec fantasmé tout en le tournant en dérision.
L'Écart lieu d'art actuel

Comme un cirque

«Je détourne des objets usuels et j’utilise des matériaux non conventionnels et fragiles, explique Mme Julien-Tessier. Par exemple, la peinture s’effrite sur la bâche de plastique, tandis qu’un simple coup peut briser les cônes de papier. J’explore le corps et le rapport que nous entretenons avec lui, mais encore là, de manière non conventionnelle. Ainsi, mes personnages sont toujours pleins de distorsions: un bras est à l’envers, ils ont les deux sexes, etc.»

La plupart des œuvres de Zoé Julien-Tessier sont cependant maquillés de couleurs bonbons: rose pâle, vert pomme, orange vif. «Ça amène un côté drôle à des scènes étranges, très surréalistes, mentionne cette artiste autodidacte. Mes œuvres, c’est comme un cirque. Comme je fais aussi de la danse, le mouvement y est très présent. C’est parfois même acrobatique.»

Expo «all dressed»

En parallèle, L’Écart accueillera aussi une installation participative de l’Ontarienne Adrienne Spier, de Guelph. Dans Once Solid, un bureau déconstruit et un plancher amovible proposeront au public un dialogue qui vient mettre en doute la confiance que l’on porte aux structures qui meublent notre quotidien, alors que des objets usuels deviennent des œuvres d’art.

Enfin, le duo originaire de Vaudreuil-Soulanges composé de Joëlle Couturier et Jean-François Leboeuf, offrira avec 138 une «expo all dressed servie tiède avec une p’tite frette au goût d’apocalypse». Plongeant dans les souvenirs des cantines de grand-route, cette série de sculptures et de dessins mêlant le baroque au trash célèbre, tout en s’en moquant, l’évocation d’un Québec fantasmé, mais aussi dérisoire.

Le vernissage des trois expositions aura lieu le jeudi 9 mars à 19h.