100 ans de La Sarre : l’épicerie Blais


Publié le 25 mars 2017

La devanture de l’épicerie Blais.

©Photo gracieuseté – Diane Blais

Dans le cadre du 100e anniversaire de La Sarre, le comité d’organisation a publié un livre sur l’histoire de la Ville. Nous avons approfondi quelques-unes des légendes qui ont marqué le développement de cette ville nordique.

Le livre du 100e explique comment l’épicerie Blais a ouvert ses portes en 1951, mais voici un peu plus d’histoire derrière cet icône du commerce lasarrois.

Après le deuxième incendie de l’hôtel St-Louis en 1936, le terrain situé au coin de la rue Principale et de la 7e Avenue Est est resté vacant pendant près de 15 ans. «Un moment donné, ma grand-mère a décidé de faire construire une bâtisse qui serait louée à un épicier, a expliqué la fille de Philippe Blais, Diane Blais. Elle a fait construire l’immeuble et acheté tout l’équipement et l’inventaire nécessaire pour partir une épicerie, mais à la dernière minute, les personnes qui devaient opérer le commerce ont décidé qu’ils ne voulaient plus opérer le commerce.»

Le comptoir de fruits et légumes.
Photo gracieuseté – Diane Blais

Face au problème d’un train rempli de produits et d’équipements et personne pour opérer le commerce, Corrine Tanguay est allé voir sa fille, Marthe Bissonnette et son gendre Philippe Blais. «Dans ce temps-là, mon père travaillait dans le bois depuis l’âge de 13 ans. Il est donc descendu du bois pour venir voir ça, a affirmé Diane Blaise. Ils n’ont eu que 24 heures pour se décider parce que, sinon, ma grand-mère aurait dû renvoyer tout l’équipement et l’inventaire qui arrivait en train.»

Les étalages sont bien différents de ceux d’aujourd’hui.
Photo gracieuseté – Diane Blais

Philippe Blais n’avait aucune expérience dans le commerce de détail, mais il était contremaître dans deux moulins à scie, ce qui lui donnait une bonne expérience de gestion. Philippe et Marthe ont donc décidé très rapidement de changer de carrière et d’ouvrir une épicerie.

La livraison à vélo

Philippe Blais avec ses poneys, qu’il utilisait pour livrer l’épicerie à ses clients.
Photo gracieuseté – Diane Blais

Étant donné que les gens n’avaient pas tous accès à des véhicules, les épiciers devaient offrir le service de livraison à leurs clients. «Au début, il n’avait pas d’autres moyens de transport, alors mon père faisait la livraison en vélo», a affirmé Diane Blais. Mais ce n’était pas un moyen de transport très efficace. Peu de temps après l’ouverture du commerce, la livraison s’est faite par poney. Ceux-ci étaient attelés à des remorques munies de roues l’été et de ski l’hiver. Éventuellement Philippe Blais a fait l’acquisition d’un camion, ce qui a augmenté l’efficacité des livraisons.

Fait intéressant, en plus d’offrir le service de livraison à ses clients, Philippe Blais faisait du porte-à-porte pour prendre les commandes des gens qui habitaient en dehors de la ville. Quelques jours plus tard, il repassait avec l’épicerie des gens.

Boucherie sur place

Le comptoir de boucherie.
Photo gracieuseté – Diane Blais

Aujourd’hui, il serait impensable de voir un épicier tuer ses propres bêtes pour en vendre la viande, mais c’est exactement ce que faisaient les épiciers dans le temps. Philippe Blais élevait lui-même des animaux chez lui et les abattait pour en vendre la viande à son épicerie.

«Il achetait les poulets déjà abattus, mais il les arrangeait sur place, a expliqué Diane Blais. Ma mère faisait elle-même les cretons à la maison et les vendait à l’épicerie.»

Pas de politique en affaires

Une histoire intéressante sur l’épicerie Blais concerne le congédiement d’un employé. «Un jour, des membres de l’Union Nationale sont venus à l’épicerie et ont demandé à mon père de mettre un employé à la porte parce qu’il avait parlé contre le parti, a raconté Diane Blais. Mon père a refusé parce que, à l’épicerie, les conversations sur la politique étaient interdites et ce qui se disait en dehors des heures de travail ne le concernait pas.»

Frustrés de s’être fait refuser cette demande, les membres du parti ont répliqué autrement. «La police est débarquée et ils lui ont confisqué son permis de boisson», a lancé Mme Blais. À l’époque, l’émission de permis de vente d’alcool était régie localement, il était donc facile pour le parti au pouvoir de retirer le permis. «Il aurait pu perdre beaucoup de clients à cause de ça, parce que la vente d’alcool était très importante», a souligné Mme Blais.

Philippe Blais a dû attendre un an avant de récupérer son permis de vente d’alcool. À la grande surprise de tous, cette punition de l’Union Nationale a eu l’effet inverse à celui désiré. «Les gens étaient choqués et se sont ralliés derrière mon père, a-t-elle indiqué. Après avoir perdu son permis, son chiffre d’affaires a monté, il a même fait l’acquisition de deux autres épiceries à la fin de cette histoire-là.»