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Elle pratique le noble art de la fauconnerie en Abitibi

Patrimoine culturel immatériel de l’humanité selon l’UNESCO


Publié le 9 août 2017

Audrey Marquis à la chasse avec sa buse de Harris qui a réussi 24 captures de perdrix, un nombre exceptionnel.

©gracieuseté

Audrey Marquis est une passionnée de fauconnerie et elle est l’une des seules personnes au Québec à détenir un permis de chasse à l’oiseau de proie.

Son oiseau n’est toutefois pas un faucon, mais plus précisément un «autour des palombes».

«Je l’ai eu quand il avait 19 jours, ce n’était qu’un petit poussin en mousse, en duvet. Il ne le sait pas encore, mais il s’appelle Plume», a raconté Mme Marquis. L’autour fait partie de la famille des éperviers.

La fauconnerie est loin d’être le seul talent d’Audrey Marquis, qui est aussi docteure en médecine vétérinaire et propriétaire de la Clinique vétérinaire Marquis de Rouyn-Noranda.

10 permis de chasse au Québec

Il y a une soixantaine de fauconniers et autoursiers détenteurs d’un permis au Québec. Parmi ceux-ci, une dizaine seulement ont un permis de chasse associé, dont Audrey Marquis.

Mme Marquis doit constamment s’occuper de son oiseau. Elle l’apporte au travail le jour et le ramène à la maison le soir. Quand l’animal sera assez mature et qu’il aura commencé à chasser, elle devra pratiquer cette activité quotidiennement avec lui.

«Il est destiné à la chasse, ce n’est pas un bon oiseau pour la captivité, c’est un oiseau vraiment nerveux et désagréable au niveau de l’odeur et de la propreté. L’autour a une seule utilité en captivité, c’est la chasse. Certaines buses ou faucons peuvent avoir d’autres utilités.»

Les fauconniers qui ne chassent pas avec leurs oiseaux font souvent du spectacle ou de l’effarouchement près des aéroports ou dans des dépotoirs, où leurs rapaces font fuir les autres oiseaux.

Patrimoine culturel immatériel de l’humanité selon l’UNESCO

En 2016, la fauconnerie a été reconnue en tant que Patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO. Cette technique est pratiquée depuis plus de 4000 ans.

Ainsi, le noble art se transmet de mentor à disciple depuis la nuit des temps. Audrey Marquis a appris à la dure en n’ayant qu’un mentor à distance.

Seules une dizaine de personnes possèdent un permis de chasse à l’oiseau de proie au Québec.

«À travers mes études à la faculté de médecine vétérinaire, où il y a un grand centre de réhabilitation des oiseaux de proie, j’ai pu voir des oiseaux et apprécier le contact avec eux. Ensuite, on a traité des oiseaux d’effarouchement, qui volaient près des aéroports et c’est là que j’ai vraiment eu la piqûre», a confié la vétérinaire.

Elle a ensuite commencé à entraîner son premier oiseau en Abitibi en communiquant avec ses mentors par ordinateur ou par téléphone.

Fauconnière d’élite

Bien qu’elle ait appris son art à la dure, Audrey Marquis a connu beaucoup de succès comparativement à ses collègues d’ailleurs.

Elle avait une buse de Harris qui a atteint l’âge de 16 ans. Elle a aussi eu une crécerelle d’Amérique de trois ans, mais cette dernière a été tuée par des corneilles.

Les proies les plus prisées par les chasseurs sont le lièvre et la perdrix. «Parfois, j’ai chassé des étourneaux. La perdrix c’est terriblement difficile, ça décolle trop rapidement», a-t-elle avoué.

La chasse est autorisée pour d’autres espèces comme le moineau, mais il est difficile de le différencier du bruant, dont la chasse est interdite.

«Si je l’emmène en forêt et qu’il attrape un lièvre sans que la chasse soit ouverte, je ne suis pas en règles, c’est à moi d’être vigilante», a expliqué la chasseuse.

Elle ne se fait pas d’illusion sur la nature de sa relation avec son animal. «Il y a une absence de peur, mais je ne suis pas certaine qu’il a de l’affection, c’est une relation d’opportunisme», avoue-t-elle. L’oiseau mange environ l’équivalent d’une caille par jour, soit 250 grammes de viande. Il faut prévoir une trentaine de dollars par mois pour sa nourriture. L’oiseau doit être muni d’un appareil de télémétrie pour permettre de le retrouver. Il doit bénéficier d’une volière d’au moins huit mètres cubes.

L’autour est un oiseau présent dans la région et il chasse principalement la perdrix. Audrey Marquis a acquis son nouvel oiseau dans le but de capturer ce gibier particulier. «On chasse en forêt. J’entraîne un chien de chasse qui devrait pointer les perdrix. J’ai eu 24 prises en 10 ans avec ma buse. Ce n’est pas une chasse qui remplit le congélateur», a expliqué la fauconnière.

Un tel nombre de captures est exceptionnel. «Normalement, on en attrape une en fauconnerie et on l’empaille tellement que c’est rare. Ici, nous avons beaucoup de gibier, c’est peut-être la raison pour laquelle j’ai connu tant de succès», a-t-elle conclu humblement.

 

Inconvénients

Ne devient pas fauconnier qui veut; il faut investir beaucoup de temps et d’énergie. «L’idée d’avoir un oiseau de proie peut être séduisante, comme celle d’avoir un serpent ou un pitbull. Mais c’est extrêmement bruyant, ça peut blesser les tympans. Ça fait des déjections aux 10 minutes, à 6 pieds de distance», a expliqué l’amie des bêtes.

Il faut être très vigilant quant à la santé de l’animal. La communauté des fauconniers ne pardonne pas qu’un oiseau soit maltraité. «Il y a un respect pour l’oiseau qui passe au-delà de tout, bien avant les propriétaires.» Un fauconnier pris en faute ne pourra plus échanger, ni acheter du matériel ou d’oiseau.

«J’adapte mon horaire de travail en fonction de lui, il doit aller chasser tous les jours. S’il n’a pas une belle qualité de vie, aussi bien le retourner en nature», a expliqué Audrey Marquis.

 

Règlementation

Au Québec, la loi autorise la pratique de la fauconnerie depuis 2002 et la chasse au vol depuis 2008 seulement. L’activité était interdite depuis 1981. «Notre association se battait depuis pour que l’on retrouve ce droit», a dit la fauconnière.