Faire de l'aide internationale autrement en Haïti

Des étudiants de l'UQAT lancent une campagne de sociofinancement


Publié le 15 avril 2017

Les parents, les élèves et les enseignants de l'École Markenson Étienne, en Haïti. Mariebelle Leclerc-Hallé se trouve à gauche sur la photo et porte un chandail de l'UQAT. Geneviève Lamontagne se trouve à droite.

©Photo gracieuseté – Mariebelle Leclerc-Hallé

Des étudiants du Groupe de solidarité internationale (GSI) de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) souhaitent aider des jeunes Haïtiens à demeurer sur les bancs d'école.

Le GSI, fondé en 2012, regroupe des étudiants de toutes les disciplines de l'UQAT, dont leur objectif est de mettre sur pied des projets de coopération internationale.

On compte sur la générosité de la population abitibienne

Mariebelle Leclerc-Hallé

Des membres du groupe s'étaient rendus en Haïti en 2014 pour une action de solidarité. Cette fois-ci, ils souhaitent contribuer à la pérennité d'une école du pays, l'école Markenson Étienne, et partiront en mission cet été.

Approche collaborative

Mariebelle Leclerc-Hallé et Geneviève Lamontagne ont séjourné en décembre 2016 dans la communauté afin d'élaborer un plan d'action en collaboration avec les parents, élèves et professeurs. Plusieurs discussions ont eu lieu afin que les priorités ne soient pas déterminées par les Abitibiennes, mais bien par les bénéficiaires. «On a fait une assemblée décisionnelle avec les parents pour faire voter les projets, mentionne Mme Leclerc-Hallé.

Le GSI a pratiqué la démocratie directe avec les membres de la communauté .
Photo gracieuseté – Mariebelle Leclerc-Hallé

«C'est important que les communautés bénéficiaires soient impliquées dans tout le processus d'élaboration et d'implantation du projet, souligne-t-elle. Il ne faut pas que ce soit juste des Occidentaux qui viennent faire un projet qui ne répond pas à leurs propres besoins.»

L'étudiante, qui poursuit actuellement ses études en Norvège pour l'obtention d'une maîtrise en coopération internationale, a expliqué avoir développé au fil du temps un esprit critique face à l'aide au développement. L'importance de faire un projet pour et par les Haïtiens est donc au cœur des préoccupations du groupe qui agit, en d'autres mots, comme un facilitateur.

Un poulailler et un jardin communautaire

Les sous récoltés par les étudiants de l'UQAT permettront aux élèves de se doter d'un poulailler et d'un jardin communautaire. «Les profits qu'ils vont faire serviront à payer les professeurs et l'école pourra être gratuite, ce qui va permettre de scolariser plus d'élèves», explique Mariebelle Leclerc-Hallé.

Bien que l'école soit la moins dispendieuse de la région, certains parents ont tout de même de la difficulté à défrayer les frais d'environ 20 $ par année, précise Mme Leclerc-Hallé. La direction de l'école parvient donc difficilement à honorer le paiement du salaire des professeurs, ce qui cause un sérieux problème pour le maintien des activités d'enseignement. Le groupe de l'UQAT a d'ailleurs payé la dette de l'école en septembre dernier, école qui aurait autrement été dans l'obligation de fermer ses portes.

L'école est située dans une région agricole.
Photo gracieuseté – Mariebelle Leclerc-Hallé

Une autre problématique qui a été soulevée lors des séances de discussions, rapporte Mme Leclerc-Hallé, c'est la malnutrition. Le jardin communautaire permettrait ainsi de pallier à cette problématique tout en contribuant au développement des techniques d'agriculture des jeunes. L'école est située dans une région où l'agriculture est la principale activité de subsistance. 

Responsabilité historique

De nombreux pays considérés en voie de développement ont un point en commun: ils ont été colonisés par les puissances occidentales, principalement pour y dérober les ressources naturelles. «On a un devoir moral à travailler sur les inégalités mondiales», affirme Mariebelle Leclerc-Hallé.

Toutefois, selon l'étudiante, il ne faut pas uniquement s'impliquer à l'étranger, mais aussi changer nos propres habitudes de vie. «Il faut prendre conscience de nos propres habitudes de consommation et comprendre comment on peut affecter les gens ailleurs», insiste-t-elle.

Alors que sous le gouvernement Harper, la coopération internationale s'était arrimée aux projets des entreprises privées canadiennes, le gouvernement Trudeau avait annoncé un retour en force du Canada sur la scène internationale. «Le but premier des entreprises est lucratif, signale Mme Leclerc-Hallé. Une approche comme la nôtre est peut-être de moins grande envergure, mais il y a un sens profond de justice et d'égalité.»

Selon les dernières données publiées par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), le Canada ne consacrerait que 0,26% du revenu national brut à l'aide au développement (3,9 milliards de dollars), ce qui est moins qu'en 2015, où il en consacrait 0,28%. L'objectif fixé par l'ONU est de 0,70%.

Le GSI espère récolter 40 000 $ grâce à une campagne de sociofinancement: https://www.gofundme.com/sauvons-lecole-markensonetienne. Le groupe est également à la recherche de commandites.

Mettre fin au mythe du «sauveur blanc»

Pour promouvoir leur campagne de sociofinancement, les étudiantes ont décidé de rompre avec les vidéos moralisatrices de certaines organisations d'aide internationale. «C'est pour contrer les vidéos d'aide qui veulent montrer les gens qui font pitié et comme étant passifs», explique Mariebelle Leclerc-Hallé.