Des grands-parents privés par la DPJ de voir leur petite-fille

Sans explication, la DPJ leur refuse l’accès


Publié le 6 mars 2017

Cela fait maintenant plus de neuf mois que les grands-parents n’ont pas pu voir leur petite-fille.

©Depositphotos.com/maximkabb

Un enfant dont les parents sont jugés inaptes à prendre soin de lui peut-il être placé en famille d’accueil, et ce, même si d’autres membres de la famille proche sont prêts à s’en occuper? Il semblerait bien que oui.

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Quand la DPJ l’a appris, on nous a contactés pour nous dire que de communiquer avec un journaliste n’aiderait pas notre cause et on nous a conseillé d’arrêter nos démarches en ce sens. Je leur ai répondu que ça fait plus de neuf mois que nous n’avons pas vu notre petite-fille, sans aucune raison valable, et que nous n’avons maintenant plus rien à perdre La grand-mère

Depuis plus d’un an, Annie (nom fictif pour protéger l’identité de l’enfant) et son conjoint multiplient sans succès à Rouyn-Noranda les démarches auprès de la Direction de la protection de la jeunesse de l’Abitibi-Témiscamingue pour prendre en charge leur petite-fille âgée d’un an et qui, depuis quelques mois, a été placée en famille d’accueil.

Lassés de subir rebuffade sur rebuffade, les grands-parents âgés dans la quarantaine ont décidé d’exposer leur mésaventure dans les médias afin d’alerter d’autres grands-parents qui pourraient vivre une situation similaire.

«Quand la DPJ l’a appris, on nous a contactés pour nous dire que de communiquer avec un journaliste n’aiderait pas notre cause et on nous a conseillé d’arrêter nos démarches en ce sens. Je leur ai répondu que ça fait plus de neuf mois que nous n’avons pas vu notre petite-fille, sans aucune raison valable, et que nous n’avons maintenant plus rien à perdre», a confié la grand-mère.

Parents inaptes à s’occuper d’un enfant

L’histoire débute quelques mois avant la naissance de l’enfant. Selon Annie, la DPJ avait alors statué que la mère, d’âge mineur, ne pouvait s’occuper d’un bébé et que le père n’avait même pas le droit de voir l’enfant plus de deux heures par semaine et encore, seulement sous supervision. Elle avait donc convenu que l’enfant à naître serait aussitôt placé dans une autre famille.

«La mère, qui voyageait d’une famille d’accueil à l’autre depuis l’âge de neuf ans, lorsque ses parents sont décédés, n’avait développé aucune autonomie. Quant au père, notre fils, il avait un dossier criminel. Et les deux consommaient de la drogue», a raconté la grand-mère.

Le gîte et le couvert

Les grands-parents ont donc entrepris des démarches pour accueillir le jeune couple chez eux jusqu’à ce que la mère atteigne sa majorité. En mars 2016, après la naissance du bébé, ils ont obtenu l’aval d’un juge.

«Nous avions imposé des conditions: les parents avaient un couvre-feu à respecter et devaient s’engager à ne jamais consommer de drogue dans notre maison et encore moins en présence de l’enfant», a précisé Annie.

Les grands-parents recevaient aussi une somme de 740 $ par mois pour subvenir aux besoins de leur petite-fille et des parents. Ce fut cependant une véritable pomme de discorde.

«Quand les parents l’ont su, un mois après être arrivés chez nous, ils se sont mis à réclamer le montant. Il y a eu des disputes. Ils nous accusaient de les voler. Sauf que ces fonds n’étaient pas à eux, mais pour eux. De plus, ils n’arrivaient pas à gérer l’argent qu’ils recevaient de l’aide sociale. Et ils continuaient à consommer de la drogue. Lorsqu’ils ont fait une fugue, au début de l’été, nous avons dit à la DPJ que nous ne pouvions plus nous occuper des parents, mais que nous étions prêts à poursuivre avec notre petite-fille jusqu’à la majorité de la mère», a relaté Annie.

Dérapage

Tout s’est mis à dégénérer à partir de ce moment. Après six mois sans nouvelles, les grands-parents relancent la DPJ en décembre 2016. Ils apprennent alors que leur petite-fille sera placée sous peu en famille d’accueil.

Le père, qui n’était plus en couple avec la mère, était d’accord pour que les grands-parents s’en occupent. La mère, elle, a opposé un refus catégorique. «Pour elle, à cause de l’histoire des 740 $ mensuels, nous ne sommes que des voleurs et des gens qui ne font ça que pour l’argent», a soupiré Annie.

Comme la mère manifestait de l’opposition, la DPJ aurait répondu aux grands-parents qu’elle ne pouvait rien faire.

«On nous a aussi dit que parce que je travaille sept jours par semaine et qu’on a trois ados de 17, 18 et 19 ans à la maison, on ne pourrait pas s’occuper convenablement d’un autre enfant, a exposé Annie. Pourtant, mon mari est à la maison en permanence et même nos propres parents sont prêts à nous aider. Ce qui nous étonne encore plus, c’est que la DPJ nous a souvent répétés qu’un placement en famille d’accueil était une solution de dernier recours et qu’elle regardait d’abord dans la famille proche. Nous, nous sommes prêts et aptes, à mon avis, mais on nous le refuse. Pourquoi?»

Droit d’accès

Cela fait maintenant neuf mois qu’Annie et son conjoint n’ont pas revu leur petite-fille. Ils ont tenté par tous les moyens d’obtenir à tout le moins un droit d’accès, mais sans succès.

«La DPJ nous recommande de passer par un avocat, mais nous n’avons pas les moyens financiers de nous lancer dans une telle bataille, a-t-elle déploré. On ne fait pas ça pour nous, mais pour le bien-être de notre petite-fille.»

En parallèle, les grands-parents ont récemment appris que la sœur de la mère avait elle aussi levé la main pour prendre l’enfant sous son aile.

«J’ai cru comprendre que la DPJ va demander un autre placement de six mois et déterminer juste en décembre prochain ce qu’elle va faire pour la suite. Je m’inquiète sérieusement des troubles affectifs que cela risque d’occasionner chez notre petite-fille», a souligné Annie.