Un «affichage carbone» pour les produits forestiers

Patrick Rodrigue patrick.rodrigue@tc.tc Publié le 2 février 2016

Annie Levasseur a rappelé qu’en matière de changements climatiques, tous les polluants ne sont pas égaux. Si l’on calcule habituellement l’impact environnemental en termes d’émissions de dioxyde de carbone (CO2), il appert que 1 kilo de méthane (CH4) équivaut à 30 kilos de CO2. Et que 1 kilo de protoxyde d’azote (N2O), un gaz encore plus nocif, correspond, lui, à 265 kilos de CO2.

©Photo TC Media - Patrick Rodrigue

Les produits forestiers pourraient-ils un jour afficher leur empreinte carbone au même titre que les étiquettes nutritionnelles sur les produits d’alimentation? L’idée commence à faire sérieusement son chemin.

Relevant de Polytechnique Montréal, le Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG) a produit la toute première base de données québécoise sur le sujet. Le 2 février, sa coordonnatrice scientifique, Annie Levasseur, a exposé à des étudiants et des enseignants en foresterie de l’UQAT et du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue la portée que cet outil pourrait avoir sur les produits forestiers, en particulier dans la lutte contre les changements climatiques.

Le cycle de vie d’un produit forestier

«Le cycle de vie d’un produit forestier, a-t-elle expliqué, commence par la séquestration d’une certaine quantité de carbone par la ressource. Celle-ci est suivie de l’extraction de cette même ressource, de sa transformation, de son emploi dans la construction, de l’utilisation et de l’entretien de la structure qui en découle, de sa démolition et de sa fin de vie. Puis, le cycle reprend.»

Un produit vert qui ne l’est pas toujours

L’analyse du cycle de vie (ACV), a précisé Mme Levasseur, ne permet pas de déterminer les impacts environnementaux réels d’un produit donné, mais plutôt de cibler les éléments dans sa fabrication qui en présentent les impacts les plus élevés, d’éviter qu’une solution à un problème ne génère un autre problème ailleurs et de comparer ce même produit avec d’autres produits.

«C’est ainsi, par exemple, que nous avons pu déterminer que l’éthanol produit à partir de maïs n’était peut-être pas si avantageux qu’on le croyait pour l’environnement. Oui, son utilisation dans l’essence permet d’émettre moins de gaz à effet de serre. Par contre, il faut beaucoup d’eau et de fertilisants pour le cultiver», a-t-elle signalé.

Un outil de marketing

En foresterie, l’ACV pourrait aussi être utilisée comme outil de marketing. «Plusieurs produits présentent en effet une empreinte carbone moindre que leurs vis-à-vis dans d’autres industries, comme le béton ou l’acier. L’étiquetage pourrait devenir un outil de mise en marché», a mentionné Annie Levasseur.

D’ailleurs, de plus en plus de produits forestiers en Europe disposent d’une étiquette précisant leur empreinte carbone, au même titre que les étiquettes sur la valeur nutritionnelle qu’on retrouve sur la plupart des produits alimentaires.

Une limite à fixer

L’analyse du cycle de vie présente aussi plusieurs défis à relever, dont le plus compliqué demeure la collecte des données, lesquelles doivent être constamment renouvelées. Il faut aussi fixer des limites à partir desquelles on cesse de calculer.

«Par exemple, pour couper un arbre, ça prend de la machinerie. Celle-ci émet une certaine quantité de gaz à effet de serre qu’il faut compter. Mais elle a aussi été fabriquée avec de l’acier. Doit-on alors tenir compte de toutes les étapes de production de l’acier dans l’équation? De remonter jusqu’à l’extraction du minerai? D’incorporer la construction de la mine?», a exposé Annie Levasseur.

Un «affichage carbone» pour les produits forestiers

Patrick Rodrigue patrick.rodrigue@tc.tc Publié le 2 février 2016

Annie Levasseur a rappelé qu’en matière de changements climatiques, tous les polluants ne sont pas égaux. Si l’on calcule habituellement l’impact environnemental en termes d’émissions de dioxyde de carbone (CO2), il appert que 1 kilo de méthane (CH4) équivaut à 30 kilos de CO2. Et que 1 kilo de protoxyde d’azote (N2O), un gaz encore plus nocif, correspond, lui, à 265 kilos de CO2.

©Photo TC Media - Patrick Rodrigue


Les produits forestiers pourraient-ils un jour afficher leur empreinte carbone au même titre que les étiquettes nutritionnelles sur les produits d’alimentation? L’idée commence à faire sérieusement son chemin.

Relevant de Polytechnique Montréal, le Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG) a produit la toute première base de données québécoise sur le sujet. Le 2 février, sa coordonnatrice scientifique, Annie Levasseur, a exposé à des étudiants et des enseignants en foresterie de l’UQAT et du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue la portée que cet outil pourrait avoir sur les produits forestiers, en particulier dans la lutte contre les changements climatiques.

Le cycle de vie d’un produit forestier

«Le cycle de vie d’un produit forestier, a-t-elle expliqué, commence par la séquestration d’une certaine quantité de carbone par la ressource. Celle-ci est suivie de l’extraction de cette même ressource, de sa transformation, de son emploi dans la construction, de l’utilisation et de l’entretien de la structure qui en découle, de sa démolition et de sa fin de vie. Puis, le cycle reprend.»

Un produit vert qui ne l’est pas toujours

L’analyse du cycle de vie (ACV), a précisé Mme Levasseur, ne permet pas de déterminer les impacts environnementaux réels d’un produit donné, mais plutôt de cibler les éléments dans sa fabrication qui en présentent les impacts les plus élevés, d’éviter qu’une solution à un problème ne génère un autre problème ailleurs et de comparer ce même produit avec d’autres produits.

«C’est ainsi, par exemple, que nous avons pu déterminer que l’éthanol produit à partir de maïs n’était peut-être pas si avantageux qu’on le croyait pour l’environnement. Oui, son utilisation dans l’essence permet d’émettre moins de gaz à effet de serre. Par contre, il faut beaucoup d’eau et de fertilisants pour le cultiver», a-t-elle signalé.

Un outil de marketing

En foresterie, l’ACV pourrait aussi être utilisée comme outil de marketing. «Plusieurs produits présentent en effet une empreinte carbone moindre que leurs vis-à-vis dans d’autres industries, comme le béton ou l’acier. L’étiquetage pourrait devenir un outil de mise en marché», a mentionné Annie Levasseur.

D’ailleurs, de plus en plus de produits forestiers en Europe disposent d’une étiquette précisant leur empreinte carbone, au même titre que les étiquettes sur la valeur nutritionnelle qu’on retrouve sur la plupart des produits alimentaires.

Une limite à fixer

L’analyse du cycle de vie présente aussi plusieurs défis à relever, dont le plus compliqué demeure la collecte des données, lesquelles doivent être constamment renouvelées. Il faut aussi fixer des limites à partir desquelles on cesse de calculer.

«Par exemple, pour couper un arbre, ça prend de la machinerie. Celle-ci émet une certaine quantité de gaz à effet de serre qu’il faut compter. Mais elle a aussi été fabriquée avec de l’acier. Doit-on alors tenir compte de toutes les étapes de production de l’acier dans l’équation? De remonter jusqu’à l’extraction du minerai? D’incorporer la construction de la mine?», a exposé Annie Levasseur.