Les médias sont-ils vraiment les défenseurs de la vérité?


Publié le 16 mars 2017

Le professeur de l’Université de Saint-Paul d’Ottawa Simon Tremblay-Pepin s’est entretenu pendant deux heures sur l’avenir des médias et la quête de la vérité.

©TC Media - Anne Blondin

Les médias sont-ils vraiment les défenseurs de la vérité? C’est la question à laquelle a tenté de répondre Simon Tremblay-Pepin, professeur à l’Université Saint-Paul d’Ottawa, lors d’une conférence au Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue.

Présentée les 15 et 16 mars dans les trois campus régionaux, la conférence, intitulée Donald Trump, les médias et la post-vérité, avait pour mandat d’aider les étudiants à mieux cerner les enjeux derrière l’élection de Donald Trump et à poser un regard critique sur le métier de journaliste.

Post-vérité

Le concept de post-vérité figurait au cœur de l’exposé. Pour le dictionnaire Oxford, les faits objectifs ont désormais moins d’importance quand le public se construit une opinion. L’appel à l’émotion et les opinions personnelles le sont davantage.

«L’idée de post-vérité cache le déclin d’une certaine élite médiatique, a précisé M. Tremblay-Pepin. Cette élite parle de post-vérité parce qu’elle est en train de perdre son pouvoir. Ce qui se passe est effectivement effrayant, mais cela n’a pas de lien avec le fait que l’élite médiatique perd le pouvoir.

«Ce qui m’effraie le plus, a-t-il enchaîné, c’est ce qui s’en vient politiquement. À mon avis, les conséquences à cet égard vont être désastreuses, sauf si cela stimule notre mobilisation collective et que l’on fait quelque chose.»

Ce qui m’effraie le plus, c’est ce qui s’en vient politiquement Simon Tremblay-Pepin

L’accessibilité par les réseaux sociaux

Avant l’arrivée des médias sociaux, les messages des politiciens devaient passer obligatoirement par les journalistes afin qu’ils se propagent dans la population. Aujourd’hui, tout le monde a accès en temps réel aux discours des hommes politiques.

En parallèle, les nombreux médias américains dénoncent les propos erronés du nouveau président américain. Ceux-ci ont également la prétention de défendre l’intérêt de la population à avoir accès à la vérité.

«Il est vrai qu’il y a plein de mensonges dans le discours de Donald Trump comme dans bien d’autres discours, a souligné Simon Tremblay-Pepin. Par contre, les élites médiatiques n’ont pas de leçon à nous faire sur la protection contre le mensonge. Je pense, au contraire, qu’elles ont contribué à beaucoup de mensonges par le passé.»

M. Tremblay-Pepin a cité en exemple le réseau de nouvelles CNN qui, lors de la guerre en Iraq au début des années 2000, a permis à des experts approuvés par le Pentagone d’analyser la situation devant les caméras. Les experts recevaient des directives concernant les messages qu’ils devaient transmettre à la population.

Des humains comme les autres

Au cours de sa conférence, Simon Tremblay-Pepin a rappelé que les journalistes, comme tous les êtres humains, ont certains biais issus de leurs expériences de vie.

«Il est évident que l’on doit remettre en question cette prétention à la vérité et à l'objectivité de plusieurs journalistes, a-t-il exprimé. Pas tous, par contre. Il y en a encore qui font du travail extraordinaire. Cependant, le système médiatique, en gros, produit quelque chose qui ne peut pas être appelé la Vérité

Être à l’affût

Sachant que les médias peuvent avoir certains biais, il est possible en tant qu’individu de les contourner.

«Il faut diversifier ses sources d’informations, aller ailleurs que dans les grands médias, a proposé M. Tremblay-Pepin. Avoir des lectures sur ce qui se passe dans sa région, mais aussi sur ce qui se passe à l’international et écrit par d’autres regards que ce que nous offrent les grands médias.»