La réforme de la santé affecte aussi les gestionnaires

Hausse des cas de détresse psychologique

Patrick Rodrigue patrick.rodrigue@tc.tc
Publié le 5 février 2016

«En raison de la réforme, des cadres intermédiaires se sont retrouvés avec des responsabilités de cadres supérieurs. C’est sûr que ça crée des malaises et que ça augmente les risques de détresse psychologique», a admis Jacques Boissonneault.

©Photo TC Media - Archives/Patrick Rodrigue

La réforme du système de santé n’a pas que des impacts sur le personnel des établissements. Elle a aussi entraîné une augmentation des cas de détresse psychologique chez les gestionnaires.

«Au cours des derniers mois, l’environnement de travail a été chamboulé. Des postes ont été coupés au niveau de la gestion, mais les tâches n’ont pas changé. Pour certains gestionnaires, la tâche de travail a doublé, voire triplé. On se retrouve donc avec des gens à la fois débordés, mais aussi insatisfaits parce qu’ils ont l’impression de ne pas faire leur travail correctement», a fait observer Yves Bolduc, PDG de l’Association des gestionnaires des établissements de santé et de services sociaux (AGESSS).

Entre l’arbre et l’écorce

Un des problèmes liés à cette réforme, c’est que son ampleur est telle que les gestionnaires ont peu ou pas de modèles sur lesquels se fier. De plus, ils se retrouvent, en quelque sorte, pris entre l’arbre et l’écorce.

«D’un côté, ils doivent mettre en œuvre les mauvaises nouvelles qu’ils reçoivent d’en haut, sans pour autant y changer quoi que ce soit. De l’autre, ils doivent annoncer ces mêmes mauvaises nouvelles au personnel et recevoir les doléances de la population. C’est un niveau de pression énorme à supporter», a signalé M. Bolduc.

On se retrouve avec des gens à la fois débordés, mais aussi insatisfaits parce qu’ils ont l’impression de ne pas faire leur travail correctement Yves Bolduc

Hausse de la détresse psychologique

Nous avons tenté d’obtenir un témoignage d’un gestionnaire du Centre de santé et de services sociaux de l’Abitibi-Témiscamingue (CISSSAT). Cependant, le risque d’être quand même identifié malgré une garantie d’anonymat a constitué un obstacle infranchissable.

Le PDG du CISSSAT, Jacques Boissonneault, a tout de même reconnu que la restructuration du réseau et la fusion des établissements avait favorisé une hausse de la détresse psychologique, et ce, autant chez les gestionnaires qu’au niveau du personnel.

«On peut même dire que c’est plus difficile encore chez les gestionnaires, car la réforme les vise directement, a-t-il mentionné. Sur les 308 postes que nous comptions avant la création du CISSSAT, 70 doivent être coupés. La réforme prévoit aussi que les cadres supérieurs devront passer de 80 à 30. Nous avons garanti que personne ne perdrait son emploi et qu’il y aurait des réaffectations, mais cela crée néanmoins des incertitudes.»

La pression demeure gérable

Reste que la pression demeure gérable, selon M. Boissonneault. «On essaie de faire ça de la manière la plus humaine possible, a-t-il indiqué. Tous ceux qui nous demandent de l’aide en reçoivent. On reste d’ailleurs l’un des CISSS avec un des taux d’absentéisme pour raisons de santé les moins élevés au Québec au niveau des gestionnaires. En ce moment, il n’y en a que 5 sur les 267 cadres actifs que compte notre organisation.»

Le 29 janvier, l’AGESSS a également rencontré des représentants du ministère de la Santé et des Services sociaux afin de trouver des solutions pratiques. «Nous espérons en arriver à enlever un peu de pression sur les gestionnaires étouffés par le travail, a fait savoir Yves Bolduc. Nous avons d’ailleurs une bonne écoute des CISSS.»